Épave Aresquiers 10 L’Amphitrite

2003/2005 – 1839 – Hérault

Le gisement Aresquiers 10 (commune de Frontignan) a été déclaré aux Affaires Maritimes en juin 2001 par Guy Ruggiero. Ce jour-là il fait clair, la mer est belle, il se promène en canot pneumatique avec son fils au large des Aresquiers où ils ont l’habitude d’observer les fonds marins. Tout à coup son fils aperçoit une masse sombre au fond de l’eau. Guy Ruggiero plonge. L’affaire des Aresquiers commence…

Trois campagnes ont été menées par la Srassmf de 2004 à 2006. Elles ont révélé qu’il s’agit de l’épave d’un navire marchand dont le bois et la cargaison présentent un état de conservation remarquable. Pour tenter d’identifier ce bateau, inconnu des déclarations de naufrage, il a fallu mener une longue enquête regroupant les observations de terrain, les recherches en archives et les analyses en laboratoire. Ainsi, le dépouillement de huit années de presse à partir des bornes chronologiques fixées par les plombs de douanes retrouvés in situ ont permis de recouper la mention du naufrage le 12 novembre 1839 d’un navire transportant de la morue, avec la découverte dans le sédiment d’empreintes d’os de morue salée étalée…

L’Amphitrite, brick de 230 tonneaux de jauge, a quitté le port de Marseille en route vers Saint-Pierre de la Martinique destination qu’il n’atteindra jamais. Son capitaine, Mersanne, est responsable d’un chargement hétéroclite destiné à fournir les Iles françaises d’Amérique : des morues séchées plombées selon une toute nouvelle ordonnance royale qui accorde des primes à l’exportation vers les colonies et de l’huile d’olive surfine conditionnée dans des flacons en verre vendues par le négociant James Plagniol. Divers métaux font aussi partie du voyage : cuivre, fer, grenaille de plomb, lingots d’étain pur en provenance de Malaisie, ainsi que plusieurs malles dont une caisse de quincaillier remplie de chandeliers, de poignées en laiton et d’outils. Tout l’attirail nécessaire à l’installation de commerçants dans les colonies.

L’épave Aresquiers 10 est, par conséquent, un témoin unique du commerce de la Méditerranée avec les colonies d’Amérique, enjeu économique et politique pour l’Europe depuis Colbert jusqu’à Louis Philippe renseigné uniquement par les sources écrites avant cette découverte. La cargaison de cette épave est un marqueur économique du genre de marchandises vendues par les négociants provençaux. Provenant du Levant, des comptoirs de Chine, des eaux de Terre neuve, ces marchandises transitent par le port de Marseille avant de voyager vers la Martinique et l’Amérique du Sud. Cette épave s’inscrit dans un contexte historique, celui du système colonial dans les Iles et les plantations. Son étude nous renseigne sur l’accra de morue comme plat principal des esclaves, sur la célébrité de l’huile d’olive surfine de James Plagniol citée par Victor Hugo dans Les travailleurs de la mer et consommée par les riches planteurs ainsi que sur un probable trafic de marchandises de contrebande.

Auteur : Laurence Serra Srassmf/membre associée La3m
Crédit photos : Christine Durand Ccj/La3m/Cnrs
Thierry PENOT-MATTHIEU (SRASSMF)

 

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