Epave Aresquiers 19 identifiée comme l’Olympia

En cours – 1867 – Hérault

Tout commence avec la découverte, l’expertise et la fouille d’une épave, Aresquiers 12. Déclarée en 2007 par Raymond Vallon, plongeur frontignanais, lors d’une partie de chasse sous-marine à 150 mètres de la plage des Aresquiers, cordon littoral que se partagent deux communes de l’Hérault : Frontignan et Villeneuve-lès-Maguelone. La présence de blocs de soufre va motiver la conduite d’une opération de fouilles qui débute en 2015 pour trois années.

Lors de l’opération 2016, c’est la découverte d’une pièce de monnaie qui lance les investigations. On peut y lire une date : 1862. A partir de cette date, deux mois de recherches dans la presse ancienne, sont nécessaires pour identifier le naufrage. On y découvre alors non pas un mais deux naufrages, la Justine et l’Olympia et, plus encore, les deux navires sont chargés de soufre ! Ils naviguent en sens inverse et sombrent à faible distance l’un de l’autre en cherchant à s’éviter. En 2017, la mise en perspective des analyses en laboratoire, des données de terrain et des données d’archives permet d’identifier l’épave Aresquiers 12comme la Justine. Se pose alors la question de l’existence de la seconde épave L’Olympia mentionnée dans la presse ancienne.

C’est alors qu’un nouvel élément vient se rajouter à l’enquête… Raymond Vallon, inventeur de la première épave, fait remonter à la surface un vieux souvenir qui relance l’enquête : il y a plus de 30 ans, un ami biologiste lui a parlé d’une plongée sur un champ de blocs de soufre dispersés, non pas avec de formes irrégulières (comme ceux retrouvés dans la cale de la Justine) mais plutôt des blocs tous identiques : calibrés, moulés, aux formes usinées… Malheureusement M. Vallon ne retrouve pas les points… Une prospection instrumentalisée s’avère par conséquent indispensable pour repérer ce nouveau gisement, et ce d’autant que cette dernière piste n’est pas négligeable… La presse ancienne, notamment la correspondance de mer consignée dans le Sémaphore de Marseilleprécise que le brick grec de 390 tonneaux Olympiaparti de Taganrog en Crimée, fait escale à Sète avant de se rendre à Marseille, le 14 février 1867, avec un chargement de soufre calibré. Les indices concordent.

 

Avril 2018,opération de prospection avec matériel spécialisé

Dans le cas de l’Olympia,c’est à partir d’une recherche solide dans les archives que le Drassm autorise une prospection avec matériel spécialisé. Les 24, 25 et 26 avril nous accueillons Florian Schattner, ingénieur de la société off shore IX-Blue, basée à la Ciotat, pour deux journées d’acquisition des données en mer.

En amont, un secteur rectangulaire, bordé par quatre coordonnées GPS, est dessiné en collaboration avec Hakim Rakrouki, géomaticien, à partir des indices en archives : “300 m au large” “à faible distance de laJustine”. Des lignes, espacées de 5 m, sont dessinées à l’intérieur du rectangle prédéfini. Notre navire de fouilles, équipé d’un GPS, a servi de support pour l’installation d’un sondeur de sédiments (détection sismique-anomalies du sol) couplé à un magnétomètre (détection magnétométrique-métal) afin de tenter d’obtenir en temps réel l’image informatisée du sol ainsi que la position des indices. Trois écrans fonctionnent dans la cabine,dont un, écran esclave, pour que le pilote navigue en suivant les lignes afin de remplir au maximum le rectangle d’emprise prédéfini.

Dès la première journée, une anomalie de grande taille apparaît sur les deux instruments ;  formée par un écho magnétique d’environ 38 m, à 300 m du rivage, à l’arrière un peu à l’ouest de la position de la Justine. Elle apparaît comme le seul élément remarquable au milieu d’un sol linéaire (sondeur) ou d’un ensemble quasi monochrome bleu-vert (magnétomètre) L’anomalie correspond aux indices d’archives. De plus, elle est parallèle à la côte comme se présentent habituellement les épaves coulées par sud-est. Nous avons également quelques petits impacts, notamment une concentration un peu plus à l’ouest, qui seront à vérifier ultérieurement.

A l’issue de cette première opération, nous sommes enthousiastes mais prudents. A ce stade rien n’est encore acquis…  Puisque les échos sont positifs, une expertise en plongée est programmée en juillet.

 

Juillet 2018,vérifications en plongée

Avant d’aller plonger sur la grande anomalie, nous vérifions la concentration de petits impacts plus à l’ouest. Il s’agit d’un champ de blocs de soufre trapézoïdaux, tous identiques, calibrés, moulés, usinés et pesant chacun 30 kg. Une chaîne concrétionnée est positionnée au centre des blocs, certains maillons enchevêtrés sont visibles à l’œil nu.

Une seconde plongée est programmée sur l’impact magnétométrique au centre de la grande anomalie. Au fond de l’eau, deux courbes formées par des pointes de bois nues ou peu concrétionnées dépassent du sable. Il s’agit sans aucun doute des deux flancs d’une épave. Une recherche des extrémités, non visibles à l’œil nu, est mise en place. L’épave est orientée est-ouest à 90°. Les parties visibles présentent un bon état de conservation. Le complexe d’étrave apparaît sous moins d’un mètre de sable, renforcé par une guirlande qui vient en butée. L’extrémité arrière est également trouvée sans trop de difficultés. Dès les premières mesures l’épave apparaît comme un vestige de grande taille : 32 m de longueur sur 8 m de large. Ces mesures peuvent être mises en perspective avec la jauge (390 tonneaux) indiquée pour l’Olympiapar la presse ancienne. Sur une distance de 6 m,  à l’extérieur du flanc tribord, deux blocs de soufre sont visibles depuis la surface. Ils sont identiques à ceux retrouvés concentrés plus à l’ouest.

Auteurs :
Laurence Serra
(Docteur, association Srassmf/membre associée La3m Aix Marseille Université Cnrs UMR 7298),
Patricia Naegele
(agrégée de grammaire, association Srassmf)
Crédits photographiques : C. Béné et L. Serra

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