Rome et les épaves de la colonie des mouettes

1998/1999 – Antiquité Romaine – Hérault

Ce site, qui tient son nom d’une colonie de vacances voisine, a fait l’objet de deux déclarations.

La première a été faite par E. Orsetti et Fernand Robert en 1983 à la suite de la découverte d’une ancre en fer à proximité de laquelle gisait encore un lingot de plomb portant l’inscription SOC M AURELI. Ultérieurement, la découverte de plusieurs petits artefacts, dans le même secteur, a conduit Gilles Sintès à déposer une nouvelle déclaration en 1996.

Deux sondages ont été réalisés sur ce site, l’un sous la responsabilité de Claude Béné en 1998 et l’autre, sous celle de Jean-Claude Ricaulx en 1999. Hors de ces opérations, des tempêtes ont régulièrement mis au jour des vestiges de cargaisons l’époque romaine : un lingot de plomb gisant près d’une ancre en fer portant l’inscription SOC M AURELI, quelques cols d’amphores ainsi que sept lingots de cuivre. Un des lingots se distingue des six autres dont il partagerait pourtant la provenance. Ce lingot est plus petit et porte une double estampille sur la bordure : CCCXCI et CCIIX alors que cinq des six autres sont anépigraphes. Sur le sixième, on serait tenté de lire : CIII. A ce jour, ces marques qui ne correspondent pas au poids du métal sont considérées comme des informations d’ordre fiscal. Une analyse métallographique réalisée sur le petit lingot a révélé une origine ibérique : les mines de cuivre du sud-ouest de l’Espagne.

Les vestiges découverts se composent également de pièces d’accastillage (jas d’ancres en plomb, pièce d’assemblage en plomb d’une ancre à jas, plombs de sonde, anneaux de cargue), et d’éléments de bateau (clous de charpente en cuivre, tuiles plates utilisées également pour la couverture des cabines de navire). Divers petits objets appartenant à l’équipage ou utilisés à bord complètent cette collection : un support d’anse de seau en forme de tête de Méduse, deux pièces de monnaies en argent et sept en bronze, deux chandeliers tripodes en bronze, une balance romaine et son contrepoids.

La découverte ponctuelle d’objets dispersés par la mer sur une assez grande superficie (une centaine de mètres sépareraient la zone des lingots de cuivre de celle des lingots de plomb) mais, pour certains d’entre eux, homogènes en terme de provenance et de chronologie, nous permet de croire que le site, en dépit de l’absence de fragments de bateau, est celui d’au moins deux naufrages antiques. Il est vraisemblable que les navires, échoués ou naufragés à faible profondeur, aient été démantelés au fil des tempêtes. On peut regretter que l’action cumulée des tempêtes et des prélèvements intempestifs n’aient pas permis de réaliser une étude plus précise de ce site.

Auteur : D’après M.P. Jèzègou
Crédit photos : Claude Béné, Jean-Claude Ricaulx, Fernand Robert (SRASSMF)

La datation du site à partir de l’étude des monnaies romaines par Laurent Daziron, ville de Frontignan la Peyrade

La monnaie la plus ancienne est représentée par un as en bronze daté du Ier s. av. JC (-26 à -23). L’avers porte les mentions Cassius Celer (le rapide) et SC pour senatus consulto qui signifie avec l’accord du sénat ou le sénat ayant été consulté. La monnaie est frappée au nom d’un consul sous la République. Un dupondius en bronze originaire de la province de Carie en Asie mineure pourrait être contemporaine de la monnaie précedente. Daté de la fin du Ier s. av. au début du Ier s. ap. JC (-38 à 29), il est frappée sur l’avers à l’éfigie de Livie (l’épouse d’Auguste) coiffée d’un voile. Au revers une victoire ailée et la mention KNIDOS (ville de la Grèce antique située sur les côtes de Carie dans l’actuelle Turquie). La monnaie la plus récente est représentée par deux follis ou numus en bronze datés de la fin du IIIe au début du IVe s. ap. JC à l’éfigie de l’empereur Dioclétien.

A l’avers : IMP C DIOCLETIANUS P F AUG pour empereur césar Dioclétien le pieux, le félice et l’auguste. Au revers la justice tenant une balance de la main droite et une épée au repos, tête vers le bas de la main gauche.

Cinq monnaies datées de la fin du Ier et du IIe s. ap. JC pourraient faire partie d’un même voyage. La première est un sesterce en bronze frappé à l’éfigie de l’empereur Nerva (le père adoptif de Trajan) qui fonde la dynastie des Anthonins. Elle est datée de 96 à 98 ap. JC. On trouve ensuite un sesterce en bronze daté de 117 à 136 à l’éfigie de l’empereur Adrien et estampé ADRIANUS, le père adoptif d’Antonin le pieux, ayant choisi Marc Aurèle comme héritier d’Anthonin. Un moyen bronze du milieu du IIe s. ap JC porte sur l’avers le portrait de Faustine l’ancienne, belle-mère de Marc Aurèle, femme d’Antonin le pieux. Enfin cet ensemble homogène est complèté par deux deniers en argent à l’éfigie de Marc Aurèle, datés de 165 et estampés sur l’avers IMP CAES ARMENIAS pour empereur cesar roi d’Arménie. Au revers une justice tenant une balance de la main gauche et une épée au repos, tête vers le bas de la main droite. Les neuf monnaies romaines forment trois groupes distincts et donnent une datation qui se situe entre la fin du Ier s. av. et le début du IVe s. ap. JC. . Cinq pièces forment un ensemble homogène et pourraient appartenir à la même épave.

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